Rappel : définition du bailleur privé
Un bailleur privé désigne une personne physique (un particulier) ou une personne morale de droit privé (comme une SCI) qui loue un bien immobilier dont elle est propriétaire à un locataire, en contrepartie du versement d'un loyer acté dans un contrat de bail.
Contrairement au bailleur social, sa démarche est généralement motivée par un objectif patrimonial ou de rentabilité. S'il fixe le montant de son loyer relativement librement (sous réserve des règles locales d'encadrement) et choisit de gérer son bien seul ou via une agence, il reste tenu par la loi de délivrer un logement décent et d'en garantir la jouissance paisible.
Définition du dispositif Jeanbrun
Le dispositif Jeanbrun, entré en vigueur au budget 2026 pour remplacer la loi Pinel, est une incitation fiscale à l'investissement locatif basée sur un système d'amortissement. Il permet aux propriétaires de réduire fortement leurs impôts en déduisant une part du prix d'achat du bien (neuf ou ancien rénové).
En contrepartie, ils s'engagent à louer le logement nu comme résidence principale pendant au moins 9 ans, avec des loyers plafonnés, et ce sur l'ensemble du territoire français sans restriction de zonage.
MISE A JOUR - 3 mars 2026 Suite à la vérification du texte de loi n°2026-103 publié au Journal Officiel le 20 février 2026, nous confirmons que les amortissements déduits en dispositif Jeanbrun sont réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la revente (article 12 octies modifiant l'article 150 VB du CGI). Cette réintégration, identique à celle appliquée au LMNP depuis 2025, modifie considérablement l'intérêt du dispositif. |
Le fonctionnement du dispositif Jeanbrun
L'amortissement fiscal : principe et limites
Le dispositif fonctionne sur un système d'amortissement permettant de déduire chaque année une fraction de la valeur du bien de vos revenus fonciers imposables. L'amortissement porte sur 80% du prix d'acquisition (la part terrain de 20% n'est pas amortissable).
Les taux varient selon le type de logement. Dans le neuf : 3,5% par an en location intermédiaire, 4,5% en social, et 5,5% en très social. Dans l'ancien rénové : 3%, 3,5% et 4%. Les plafonds annuels de déduction sont de 8 000 EUR, 10 000 EUR et 12 000 EUR respectivement, majorables sous conditions.
Si vos charges et amortissements dépassent vos revenus locatifs, vous créez un déficit foncier imputable sur votre revenu global (limite 10 700 EUR par an). C'est le même mécanisme que le régime réel classique.
Les conditions d'éligibilité : un parcours semé d'embuches
Les logements concernés
Pour le neuf : Seuls les logements en immeubles collectifs sont éligibles (pas de maisons individuelles). Le bien doit respecter la RE 2020.
Pour l'ancien : Les travaux doivent représenter au moins 30% du prix d'acquisition ET permettre d'atteindre un DPE A ou B après rénovation. Le cumul avec d’éventuelles aides à la rénovation peut rendre la charge supportable.
L'impossibilité pratique dans l'ancien Atteindre un DPE A ou B dans l'ancien, ce sont les normes du neuf. Or, le dispositif est limité aux immeubles collectifs (copropriété). Pour atteindre ces performances, il faut obligatoirement des travaux sur parties communes : isolation extérieure, chaudière collective, toiture, menuiseries. Ces travaux nécessitent un vote en assemblée générale. Un propriétaire seul ne peut pas y arriver. Le dispositif Jeanbrun est donc quasi inapplicable dans l'ancien, sauf copropriétés neuves déjà performantes ou copropriétés votant collectivement des travaux lourds. |

Les obligations de location
Le logement doit être loué nu (sans possibilité de basculer en location meublée ou en location saisonnière) en résidence principale dans les 12 mois suivant l'achèvement. Engagement de 9 ans minimum, sans possibilité de rupture sauf force majeure. Interdiction de louer à vos enfants ou petits-enfants (jusqu'au, même s'ils paient au prix du marché.
Les plafonds de loyers et de ressources
Triple contrainte selon trois niveaux (référentiel Loc Avantages). Location intermédiaire : -15% sous le marché. Location sociale : -30%. Location très sociale : -45%.
A Nice (zone A bis), pour un 50m2 : environ 912 EUR en intermédiaire, 730 EUR en social, 565 EUR en très social. Le marché libre tourne autour de 1 100-1 200 EUR. La perte de revenus est substantielle.
En plus, les ressources des locataires sont plafonnées (environ 40 000 EUR pour une personne seule en zone A, 60 000 EUR pour un couple). Cette double contrainte réduit considérablement votre liberté de gestion et augmente les risques de vacance locative.
Non-cumulable avec d'autres dispositifs
Le dispositif Jeanbrun n'est pas cumulable avec Loc Avantages (Cosse), Denormandie, Malraux, Monuments historiques, ni Girardin social. Cette incompatibilité avec Loc'Avantages est particulièrement pénalisante, car ce dernier offre une réduction d'impôt jusqu'à 35% du loyer plafonné sans réintégration à la revente.
Communication gouvernementale trompeuse
Les infographies officielles annoncent "16 000 EUR déductibles sur 10 ans". Ce qui n'est jamais mentionné : ces amortissements devront être réintégrés dans le calcul de la plus-value à la revente.
Prenons l'exemple gouvernemental : bien de 180 000 EUR en neuf social intermédiaire. Sur 10 ans, vous amortissez 50 400 EUR, économisant 23 789 EUR d'impots (TMI 30%).À la revente à 200 000 EUR, sans Jeanbrun vous paierez 5 532 EUR d'impots sur la plus-value. Avec Jeanbrun et la réintégration, vous payez 19 474 EUR. Surcoût : 13 942 EUR.
Bilan net : +23 789 - 13 942 = +9 847 EUR sur 10 ans. Un gain modeste au regard des contraintes. Avec un taux de 3% (intermédiaire classique), le bilan devient négatif.

Les vrais calculs : quand le dispositif devient-il rentable ?
Pour un bien de 180 000 EUR en neuf social intermédiaire (TMI 30%), voici l'évolution selon la durée :
Duree | Economie location | Surcout revente | Bilan net |
|---|---|---|---|
5 ans | +11 895 EUR | -23 120 EUR | ❌ -11 225 EUR |
9 ans | +21 411 EUR | -18 322 EUR | ⚠️ +3 089 EUR |
10 ans | +23 789 EUR | -13 942 EUR | ⚠️ +9 847 EUR |
15 ans | +35 684 EUR | -6 880 EUR | ✅ +28 804 EUR |
20 ans | +47 579 EUR | -2 872 EUR | ✅ +44 707 EUR |
22 ans | +52 526 EUR | 0 EUR (exo IR) | ✅ +52 526 EUR |
Conclusion : Le dispositif ne devient réellement intéressant qu'à partir de 15-20 ans minimum. Avant, le gain est trop faible voire négatif.
Comparaison avec les autres régimes fiscaux
Critere | Micro-foncier | Regime reel | Jeanbrun | LMNP reel |
|---|---|---|---|---|
Type | Location nue | Location nue | Location nue | Location meublée |
Avantage fiscal | Abattement 30% | Charges réelles | Amortissement 3-5,5% | Amortissement |
Engagement | Bail 3 ans | Bail 3 ans | 9 ans + plafonds | Bail 1 an |
Loyers plafonnés | Non | Non | Oui (-15 a -45%) | Non |
Réintégration revente | Non | Non | OUI ⚠️ | OUI ⚠️ |
Rentable avant | Immédiat | Immédiat | 15-20 ans | 15-20 ans |
Jeanbrun vs LMNP : même piège fiscal
Le dispositif Jeanbrun reprend exactement le même piège que le LMNP depuis la réforme de février 2025 : les amortissements sont réintégrés à la revente. La seule différence ? Le LMNP laisse une totale liberté sur les loyers et les locataires, sans engagement de 9 ans.
En se basant uniquement sur l’attractivité fiscale de l’amortissement, il n’y a pas grand chose à gagner dans un futur proche.
Le calcul de la plus-value devient primordial avant d’investir.

Jeanbrun vs location classique : l'équation perdante
En location classique, vous conservez votre liberté totale : loyers au marché, choix libre des locataires, revente quand vous voulez sans pénalité fiscale. Sur moins de 15 ans, le bilan net est systématiquement meilleur qu'en Jeanbrun.
Les objectifs gouvernementaux : qui gagne vraiment ?
Le ministre annonce 50 000 logements supplémentaires par an et 500 millions d'euros de recettes fiscales annuelles. L'Etat "prête" fiscalement pendant la location (750 M EUR/an), mais récupère davantage à la sortie (900 M EUR), grâce à la TVA professionnelle des promoteurs, des artisans pour la rénovation, les charges sociales et impôts et les frais de notaire.
Le dispositif Jeanbrun n'est pas un cadeau fiscal aux investisseurs, mais un mécanisme de relance de la construction neuve dont l'Etat est le principal gagnant.
Les pièges a éviter
- Piège n°1 : Croire aux simulations des promoteurs qui oublient la réintégration à la revente. Exigez une simulation complète incluant la phase de revente.
- Piège n°2 : Sous-estimer l'engagement de 9 ans. Si vous rompez l'engagement, vous devez rembourser l'intégralité des avantages fiscaux.
- Piège n°3 : Négliger la vacance locative. Louer 15% à 45% sous le marché à des ménages plafonnés n'est pas aussi simple qu'annoncé.
- Piège n°4 : Croire que le déficit foncier est un avantage spécifique du Jeanbrun. C'est le droit commun applicable aussi en régime réel classique.
Pour qui ce dispositif peut-il avoir du sens ?
- L'investisseur patrimonial de très long terme : Certain de conserver le bien plus de 20 ans, voire de le transmettre. A partir de 22 ans, l'exonération d'IR sur la plus-value réduit la pénalisation.
- Le contribuable a TMI 45% en fin de carrière : L'économie fiscale devient plus substantielle (62,2% des amortissements économiques). Mais il faut conserver une TMI élevée pendant 9 ans ET garder très longtemps.
Dans tous les autres cas - 90% des investisseurs - le dispositif présente plus de risques que d'avantages.
Les alternatives : que choisir a la place ?
- Le LMNP en régime réel : Amortissement sans plafonds de loyers. Vous conservez votre liberté et maximisez vos revenus pendant la location.
- La location vide classique avec déficit foncier : Liberté totale, loyers au marché, aucune pénalité à la revente. Les travaux créent du déficit déductible.
- Les aides directes a la rénovation : MaPrimeRenov', eco-PTZ, CEE. Aucun engagement fiscal, combinables avec une location classique au marché.
- Loc'Avantages : Réduction d'impôt jusqu'à 35% du loyer sans réintégration à la revente. Souvent plus avantageux que Jeanbrun pour une détention < 15 ans.
Notre recommandation finale
Apres analyse approfondie, notre position est claire : dans 90% des cas, le dispositif Jeanbrun n'est pas la meilleure solution. Les contraintes sont trop lourdes, la rentabilité trop bridée, l'engagement trop long, et la pénalité fiscale à la revente trop importante.
Pour la grande majorité des investisseurs, privilégiez une stratégie locative classique qui maximise vos revenus et votre liberté de gestion.
Mise a jour a venir Nous suivons la publication des décrets d'application attendus courant mars 2026. En attendant, ne vous précipitez pas. Prenez le temps d'analyser votre situation et de comparer avec les alternatives avant de vous engager. |
Conclusion
Le dispositif Jeanbrun s'inscrit dans la tradition des dispositifs fiscaux immobiliers qui promettent beaucoup mais délivrent peu. Communication trompeuse, impossibilité pratique dans l'ancien, plafonds de loyers étouffants, réintégration fiscale pénalisante : le dispositif est une fausse bonne idée pour la majorité des investisseurs.
Gestion Cassini, avec 30 ans d'expérience sur le marché niçois, vous accompagne dans l'analyse de votre projet immobilier. N'hésitez pas à nous consulter avant de vous engager dans un dispositif dont vous pourriez regretter les conséquences pendant de nombreuses années.



